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LA DOULEUR VERTÉBRALE



      Préambule chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   



La cause première de l'incapacité physique, des limitations fonctionnelles et du ralentissement des performances de vie quotidiennes est une inflammation articulaire appelée arthrite. La forme la plus courante est en réponse à une usure anormale et se nomme l'arthrose. À 65 ans, l'arthrose à la colonne vertébrale touche virtuellement 100% de la population.

Aujourd'hui, la recherche démontre que l'usure normale des articulations n'entraîne pas l'arthrose. Elle serait plutôt causée par une défaillance de la mécanique articulaire (biomécanique). Les thérapies conventionnelles s'attaquent principalement aux symptômes douloureux en raison de la croyance répandue qui allègue que 90% des maux de dos se résorberaient en moins d'un mois1. La science dépeint un tout autre tableau.

  • 18.6% de la population est touché annuellement2.
  • Moins de 22% en sont à leur première crise3.
  • Plus de 20 % des maux réapparaissent en moins de 6 mois2.
  • Plus de 75% présentent encore des symptômes après 12mois4.

Tableau 1

L'arthrose apparaît à tout âge. La moitié des moins de trente ans ont déjà souffert de douleurs vertébrales5. Un épisode est le plus grand facteur de risque d'une récidive6. Ces maux sont maintenant considérés comme un syndrome chronique ponctué par des crises aiguës dont la répétition et la persistance augmentent avec l'âge2.

Les analgésiques et les anti-inflammatoires interfèrent principalement avec les mécanismes parfaitement normaux de la douleur et de l'inflammation sans altérer, de façon significative, la progression de l'arthrose. Pour cause, ils ne modifient en rien la biomécanique vertébrale. Cette dernière repose principalement sur l'intégrité structurelle et dynamique des composantes osseuses, articulaires, musculaires et ligamentaires, leurs physiologies, la régulation de leurs fonctions, et sur l'activité de l'axe neuroendocrinien, c'est-à-dire le stress.

L'arthrose est une réaction en réponse à une altération ou à une défaillance reliée à un système complexe. Pour influencer favorablement son cours, en modifier l'évolution et réduire ses effets progressifs sur l'incapacité physique, elle nécessite une approche globale (systémique). Celle-ci doit identifier, pondérer et modifier un ensemble de facteurs critiques sans quoi nous sommes condamnés à jouer à la cachette avec nos symptômes tout en étant témoin de la dégradation de notre condition et de la perte progressive de notre autonomie.


1- Dixon AStJ. Progress and problems in back pain research. Rheumatol Rehabil 1973; 12(4): 165-175
2- Cassidy J. David, Cote P, Carroll L, Kristman V. Incidence and course of low back pain episodes in the general population. Spine 2005, vol. 30, no24, pp. 2817-2823
3- Hestbaek L. Low back pain: what is the long-term course? A review of studies of general patient populations. Euro Spine J 2004; 12:149-65
4- Croft P, Macfarlane G, Papageorgiou A, Thomas E, Silman A. Outcome of low back pain in general practice: a prospective study. BMJ 1998; 316:1356-1359
5- Papageorgiou A, Croft P, Ferry S, Jayson MIV, Silman A. Estimating the prevalence of low back pain in the general population. Spine 1995; 20: 1889-1894[Medline]
6- land MO, Morrell DC, Morris RW. Can general practitioners predict the outcome of episodes of back pain? BMJ 1983; 286: 523-525[Medline].





 1.00  Antécédents


 1.10  Avant-propos chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   


Nous sommes à l'ère de la cyber-nétique : la science des systèmes d'informa-tions, de communications et de leurs régulations. Grâce à son système de contrôle neurologique et hormonal (neuroendocrinien), l'être humain est le plus sophistiqué. Il est d'une telle complexité que l'étude isolée d'un de ses éléments par une approche unidimensionnelle : une cause unique produisant un effet unique, est déficiente.

Artiste: Susanne Arnesson

Seul une approche systémique*, axée sur une vision globale et multidimensionnelle d'un ensemble, permet d'appréhender un système complexe comme le nôtre et de développer un modèle de solution de problème applicable dans les conditions du monde réel.

Notre propos est principalement axé sur la relation entre le stress, la biomécanique vertébrale et leurs conséquences sur notre autonomie et notre bien-être. Ce dernier est conditionné par une multitude de facteurs dont le plus influent est le point de vue. Il s'agit de notre perspective, de l'angle depuis lequel nous interprétons la réalité. Notre point de vue est influencé par nos croyances. Celles-ci filtrent notre perception et pèsent lourdement sur notre objectivité. Elles affectent directement la sélection de nos choix et, par le fait même, nos prises de décisions. Les risques qui les accompagnent sont responsables de l'activation du stress. Celui-ci est le principal agent de l'érosion du bien-être et de l'autonomie. Ces effets se retrouvent dans la presque totalité des maladies.

Le stress de type subjectif est notamment efficace à provoquer de la souffrance, des dommages et de la douleur. Il produit des conséquences périphériques et globales (hormones). En périphérie, il cible particulièrement la biomécanique vertébrale. Son action prolongée provoque une dégénérescence anormale telle l'arthrose et des déficiences fonctionnelles telles les troubles métaboliques, cardiovasculaires, immunitaires, musculaires, circulatoires, digestifs, et respiratoires.

La solution revêt deux volets indissociables : la désactivation du stress subjectif par l'éducation et l'orientation du patient, et le contrôle des conséquences périphériques dont la réduction et la rééducation des dysfonctions de la biomécanique vertébrale.


* Systémique : du grec " systema ", qui agit sur un système, sur un ensemble organisé.




 1.11  Historique chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   




Dès la fin du dix-neuvième siècle, la chiropratique stipulait que la cause fondamen-tale des dysfonctions de la biomécanique vertébrale (dysfonctions vertébrales), incluant les interférences aux circuits et fonctions neurologiques, était située au-dessus de l'atlas*, c'est-à-dire entre les deux oreilles. En pratique, la cause des dysfonctions vertébrales était définie comme étant un stress d'origine physique, biochimique ou émotionnelle. D'où l'intérêt traditionnel pour la posture, la nutrition et la détente.

Artiste: Vicki Messinger

Autrement dit, les interventions auprès de la cause se limitaient aux conseils d'usage : bien s'asseoir, bien se coucher, bien se nourrir, faire de l'exercice et entretenir une attitude positive. Après quoi, la dysfonction vertébrale, soit la discontinuité de la communication nerveuse liée au blocage de vertèbres, n'était plus perçue comme une conséquence, mais se substituait à la cause. Ainsi, la colonne vertébrale assumait la cause de tous les maux et le déblocage (ajustement) vertébral devenait à lui seul l'ambassadeur de la guérison.

Historiquement, cette substitution aura eu le mérite de permettre à la profession chiropratique de développer une expertise inégalée dans le domaine de la biomécanique vertébrale. En moins d'un siècle, elle s'élèvera en importance au troisième rang mondial des professions de la santé.

La science chiropratique, dans son appréciation des dysfonctions vertébrales, doit reconsidérer la relation de cause et conséquence. À cette fin, une compréhension systémique de la cause facilite et bonifie l'intervention du chiropraticien. Le suivi du patient, après une réduction substantielle des symptômes, n'est pas une simple mesure de prévention, mais un élément essentiel et indispensable en vue de la réduction de l'incapacité physique, des limitations fonctionnelles et de la sauvegarde de l'autonomie.


* Atlas : la première vertèbre au sommet du cou.




 1.12  La santé et le bien-être chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   




La santé est la capacité d'un organisme à répondre en faveur de ses besoins et du maintien de son intégralité, sans quoi il ne peut subsister. Dans cette perspective, un symptôme est la manifestation d'une réaction complexe et intelligente de l'organisme en réponse à une perturbation. Il n'est pas le problème, mais la réponse à celui-ci. Par exemple, la toux, la diarrhée, le vomissement sont des réponses dont la fonction est d'évacuer de l'organisme des substances nuisibles au maintien de son intégrité. Malgré l'inconfort, il est en santé.

L'équilibre responsable du bien-être.
Fig. 1 L'équilibre responsable du bien-être.

Le bien-être ne se limite pas à l'absence de symptômes, sinon les cimetières seraient remplis de gens " bien " ! Considérons le fait suivant : un organisme vivant se régénère continuellement. Près de 50 % de nos cellules sont sur leur déclin et vont mourir, tandis que l'autre 50 % s'apprêtent à les remplacer, tout en maintenant la fonction des organes formés de ces mêmes cellules. C'est ce qu'on appelle "la balance positive" (fig.1), soit un équilibre garant de l'intégrité du tissu et assurant l'évolution de l'organisme. Celle-ci possède donc deux variables, la régénérescence du tissu et la conservation de ses fonctions organiques. Toute cause ayant pour effet de rompre cet équilibre, par exemple en réduisant l'efficacité des mécanismes de régénération, produira une "balance négative" et entraînera la dégradation du bien-être. Ainsi, une lésion pourrait se développer sans provoquer de symptômes tant et aussi longtemps que la régénérescence et les fonctions du tissu concerné sont préservées.

Par conséquent, le bien-être se définit par un état agréable et dégagé, procuré par l'identification et la satisfaction des besoins d'un individu, assurant ainsi son autonomie et son évolution. Si plusieurs facteurs peuvent influer sur le degré de bien-être, il en est un qui, depuis des millénaires, exerce une influence capitale : la dualité, et le stress qui en résulte.




 1.20  La dualité chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   


Le premier écrit sur le dualisme, présenté comme base de toute existence, apparaît dans la mythologie de la Perse, berceau historique de l'Iran actuel, autour du premier millénaire avant J.-C.. Depuis, on le retrouve dans toutes les philosophies de notre histoire incluant le judaïsme, le christianisme et l'islam. Son influence dominante sur le bien-être et la misère humaine persiste de nos jours.

Artiste: Laurens Jan Lapre

Son origine remonte probablement au premier homme. Observant son environnement, celui-ci prit conscience de certaines caractéristiques. Les feuilles d'un arbre étaient similaires. Leurs silhouettes étaient idéales pour capter les rayons du soleil et canaliser la pluie vers les racines. Il contemplait un petit être à quatre pattes se déplaçant d'une branche à l'autre avec agilité, se nourrissant des fruits qu'il partageait avec des créatures qui, munies d'une paire d'ailes, pouvaient voyager d'un horizon à l'autre sans toucher le sol. La nuit tombée, l'observation des étoiles démontrait un sens de direction qu'il pouvait utiliser comme point de repère.

Il conclut de toute évidence qu'il faisait partie d'un système ordonné et organisé. Chaque individu semblait parfaitement constitué pour répondre à ses propres besoins et l'ensemble des éléments fonctionnait selon un tout. Il y avait donc un ordre, c'est-à-dire une intelligence qui soutenait l'existence du tout. Extrapolant sur le fait que lui-même n'était pas l'auteur de sa propre origine, il comprit le plus important des concepts d'ordre : l'intelligence universelle. Cette notion témoigne de la constatation que l'univers observable fonctionne selon un système unique et ordonné et non comme une multitude de systèmes indépendants dont l'origine et l'organisation seraient multiples. Contrairement à une croyance, le concept d'intelligence universelle est vérifiable et repose sur des observations tangibles.

L'ordre établi conférait à l'homme un sens d'intégrité, d'appartenance et de sécurité. Or, un beau matin, un gros nuage noir apparut. Il se mit à pleuvoir. S'étant réfugié sous un arbre, l'homme entendit une détonation qui le figea sur place. À moitié sourd, l'incompréhension l'envahit et se transforma en une sensation étrange : la peur. À la question : que s'est-il passé?, le premier être humain, comme tous ceux qui suivirent, fut confronté au choix de réponses le plus déterminant de sa vie : s'agissait-il d'un phénomène ordonné et compréhensible ou d'un phénomène désordonné et incompréhensible qui dissimulerait une autre autorité indépendante, un second principe : le désordre?

En optant pour ce dernier, le premier être humain, et l'humanité tout entière par la suite, venait de fabriquer et d'endosser une croyance : la coexistence de l'ordre et du désordre, c'est-à-dire la dualité. Soudainement, la perfection n'était plus de ce monde! Même si la dualité emprunte une multitude d'identités au cours de l'histoire, son incidence sur le stress et sur le bien-être demeurera relativement constante et universelle.




 1.21  Les croyances chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   



Si, en regardant le ciel, j'affirme que je "crois" qu'il va pleuvoir, je reconnais que la présence d'indices observables et mesurables, tels la direction du vent ou la proximité de certains types de nuages, rend probable l'arrivée d'une averse. Cet usage du verbe croire indique la présence d'incertitudes. Je n'ai qu'une compréhension partielle de la situation; la valeur réelle de certains indices m'échappe. Le vent peut être tournant et l'averse passer à côté.

Artiste: Sylvie Gallet

Dans son sens propre, celui que nous utiliserons, le verbe croire signifie " endosser sans esprit critique et reconnaître comme vrai une position ou une affirmation bien qu'elle échappe complètement à la compréhension ". Ainsi, une croyance ne peut être mesurée, observée ou vérifiée car, à l'opposé d'une connaissance, elle est irrationnelle. On y croit ou on n'y croit pas. Traditionnellement, les croyances prennent la forme de superstitions, de dogmes, de mythes, de hasard ou de chance. Tout ce qui nous échappe pourra être, à défaut d'une explication rationnelle, justifié par une croyance. Fondamentalement incompréhensible et imprévisible, elle relève d'une autorité mystique ou d'une force indépendante dont le pouvoir transgresse les lois de la nature.

À noter, l'incompréhensibilité et l'imprévisibilité sont aussi des caractéristiques du désordre. Une notion difficile à saisir, car ce qui est désordonné, de par sa nature, est inexplicable. En réalité, le désordre n'existe pas si ce n'est que par l'intermédiaire de l'invention humaine d'une entité extérieure à l'ordre naturel, à la réalité objective. Ceci représente essentiellement le fondement de tous les systèmes de croyances. Ces derniers, vu l'absence d'une logique raisonnable, doivent faire appel à la relation de pouvoir, soit la violence, la coercition ou l'obéissance (ex. punition et récompense) pour dégager un semblant de crédibilité et pour en assurer l'adhésion (foi) et la pérennité.




 1.22  La démonstration chapitre précédent  chapitre suivant • Table  • Haut   



Intellectuellement, la dualité repré-sente une croyance basée sur la coexistence de deux autorités, de deux pouvoirs opposés sinon contradictoires : l'ordre et le désordre. Historiquement traduit sous l'appellation du bien et du mal, la dualité n'est pas que l'apanage des systèmes religieux, elle se retrouve dans tous les systèmes de pensée. En fait, elle suggère que tout ce qui existe peut obéir ou subir l'influence de l'un ou l'autre des deux pouvoirs.

Artiste: William Eggington

Départagés par le risque de succomber, nous luttons à grand prix pour la dominance de l'ordre par la répression de la partie de nous-mêmes présumée faible et corruptible. Ainsi divisés, nous nourrissons l'illusion d'être inéluctablement incomplets, incapables d'obéir, de satisfaire ou de plaire exclusivement à l'objet de notre allégeance.

Concrètement, le désordre se manifeste sous la forme de malchance, de malheur, de malaise, de mal ou de maladie. Il se définit alors comme tout ce qui peut faire souffrir. Similairement, la dualité se projette sur la perception de notre corps. Au moindre symptôme, nous le subdivisons en parties robustes et en parties faillibles.

Notre conditionnement à la dualité est déjà complet à la tendre enfance. Prenons par exemple le chantage et l'intimidation associés à la fête de Noël ou l'expérience répressive de la punition. Ici, la personne la plus significative dans la vie d'un enfant décide volontairement de le menacer ou de le faire souffrir comme s'il ne méritait plus d'être aimé. Pour l'enfant, c'est le summum de la terreur.

Nous assistons alors à la concrétisation et à l'enracinement de la dualité par l'introduction d'une fausse association, celle produite par la fusion artificielle de la souffrance et du mal. C'est l'implacable conditionnement à l'idée que nous souffrons parce que nous sommes mauvais, faibles ou faillibles. La seule prérogative offerte par la dualité est de dissimuler nos failles, ce à quoi s'évertuent les approches thérapeutiques.

Il n'est donc pas surprenant de voir la prescription et la consommation effrénées d'agents pharmaceutiques qui ne font que dissimuler les symptômes dont la cause réelle ne soit rarement, sinon jamais, identifiée clairement. Est-ce que quelqu'un a déjà cru que son mal de tête était causé par un manque de Tylenol ?

Les conséquences nocives de la dualité et de la lutte de pouvoir qu'elle provoque sont omniprésentes dans la vie de chacun.



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